Qui sont les auteurs d'une explosion sans précédent à Vientiane qui a fait plus d'une dizaine de blessés?
Plus d'une dizaine de touristes étrangers de nationalité britannique, allemande et danoise et deux Laotiens ont été blessés par une forte explosion d'un engin lancé dans un restaurant "Khob Chai Deu" situé à une vigntaine de mètres de la place de "Nam Phou" en plein centre de Vientiane.
Selon l'agence de presse officielle laotienne, KPL, citant le journal "Paxaxon", l'organe du parti communiste au pouvoir, l'explosion qui a eu lieu dans la soirée de jeudi 30 Mars a été provoqué par "un terroriste" qui a lancé une grenade dans le restaurant. KPL n'a donné aucune précision sur la nature du terrorisme soupçonné. C'est-à-dire politique ou criminel? tout en reconnaissant qu'il s'agit d'une explosion sans précédent
Journalistes étrangers interpelés
Deux journalistes de la chaine de télévision australienne, ABC, Ginny Stein et son cameraman David Leland, étaient présents sur le lieu au moment de l'explosion et ont pu filmé le bâtiment de type colonial qui abrite le restaurant "Khob Chai Deu" avant d'être détenus par la police laotienne pendant 4 heures pour interrogation et leur vidéo-cassette a été confisquée.
Les deux journalistes avaient pourtant obtenu une accréditation officielle pour travailler au Laos. "Mais cette accréditation ne leur permettait pas de couvrir cet événement", a déclaré un haut responsable du Ministère laotien de l'Information et de la Culture contacté par téléphone. "Etes vous contents que les Laotiens sont tués?", a protesté le fonctionnaire qui souhaite garder l'anonymat.
A son tour, "Reporters Sans Frontières" a également protesté contre le gouvernement lao. Dans une lettre adressée au Premier ministre laotien, M. Sisavath Kéobounphanh, l'organisation de la défense
des journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde basée à Paris a demandé au premier ministre "d'ordonner une enquête sur cette interpellation" qui, selon l'organisation, constitue une grave atteinte à la libre circulation de l'information. RSF a demandé à M. Kéobounphanh de permettre aux journalistes étrangers de travailler librement au Laos.
Qui sont les auteurs de cet attentat?
Pour l'instant il est difficile de donner une réponse précise à cette question. Selon certaines sources, cet attentat à la bombe aurait été lié à un règlement de comptes entre deux groupes de la mafia locale à la suite d'un différend commercial.
Depuis quelques années le Laos a connu la montée de la criminalité au point que les autorités ont dû prendre des mesures de contrôle sur les armes illégales, notamment dans le milieu de la jeunesse.
Selon l'agence de presse japonaise, Kyodo, le propriétaire du restaurant "Khob Chai Deu", M. Chanthi Deuansavanh, a déclaré qu'il n'avait pas d'ennemi et avait soupçonné les Hmong qui auraient pu être derrière cet attentat. M. Deuansavanh est un écrivain laotien qui a obtenu le prix de littérature de l'Asean "Sea Write" en 1998.
Depuis le début de l'année, l'armée Chao Fa, les guerrilleros constitués par les Hmong et financés par des groupes d'exilés installés aux Etats Unis, ont intensifié des opérations militaires contre les forces gouvernementales dans la province de Xiengkhouang et la région d'administration spéciale Saysomboun dans le Nord-Est et le centre du pays. Mais jusqu'ici ces opérations n'ont jamais atteint la capitale.
Depuis le mois de Février, les Etats Unis et l'Australie ont vivement conseillé leurs ressortissants voyageant au Laos d'éviter une partie de ces régions en raison de risques d'embuscade montée, selon les termes employés par le Département d'Etat américain, par des insurgés ou des bandits.
Dans un communiqué publié le 23 Février dernier, le gouvernement de Washington a fait savoir qu'il recevait des rapports crédibles sur ces incidents, notamment dans les régions de MuongKhoune et Phaxay. Toujours selon le même communiqué, le gouvernement lao avait déjà imposé des mesures de restriction aux touristes étrangers souhaitant de se rendre dans la province de Xiengkhouang en faisant valoir comme prétexte la difficulté de transport et l'état déplorable des routes.
Pour l'instant l'incertitude est totale en ce qui concerne l'origine exacte de l'explosion dans le restaurant "Khob Chai Deu". Selon KPL, la police laotienne est en train de mener une enquête sur cette explosion qui aura certainement des impacts sur l'année du tourisme national.
Mais peut-être on ne connaîtra jamais le résultat de l'enquête car les mesures de restriction contre la libre circulation de l'information sont une pratique courante dans les pays communistes.
Paris le 06 Avril 2000
Par: David Thanadabouth
Journaliste à Radio France Internationale , (section lao)